UNE CHEVALIERE : quelle chevalière ?
 
 

Premièrement, la voulez-vous « pleine » ?
 
« Pleine », cela veut dire « Massive ».

En effet, il existe des chevalières « creuses » et même « semi-creuses », c'est-à-dire « semi pleines »... (oui, oui, ces formulations existent ...)

 

C’est évidemment très important car, « massive » ou « creuse », ces deux chevalières peuvent avoir exactement la même apparence extérieure.

 

Mais en matière de chevalière, on paye « du poids », c’est-à-dire qu’entre un article « creux » et un article « plein », le prix peut aller du simple au quadruple ou davantage…
 
 

Deuxièmement, pleine « de quoi » ?
 
Il y a des chevalières qui sont bien « pleines », mais pas pleines d’or : elles peuvent être pleines de quantités de métaux, (parfois très pauvres comme le maillechort), ou nettement plus précieux, comme l’argent.

Ensuite, un « placage » d’or peut recouvrir efficacement ce métal.

Vu de l’extérieur, dans une vitrine ou sur Internet, on ne voit absolument aucune différence ….
 
 

Troisièmement, lorsqu’elle est pleine d’or, de quel « or » la voulez-vous ?
 
Là encore, il y a de nombreuses « qualités » d’or.

 

On entre ici dans la distinction entre l’or « 24 carats », « 18 carats » ou « 9 carats ». On pense que ces questions sont connues du grand public, mais en fait, c’est loin d’être le cas.

 
 

Quatrièmement, la voulez-vous « forgée » ou « fondue » ?


 

FORGE/FONDU : les fondements de la fabrication en bijouterie.

Rappelons ici le grand principe : lorsque le métal est « forgé », il durcit. On dit qu’il « s’écrouit ». Lorsqu’il atteint son niveau maximum d’écrouissage, le métal ne se déforme plus : soit il casse, soit il éclate. Pour continuer à pouvoir le travailler, il faut le détendre : on dit qu’il faut « le recuire ».

 

Ces successions « d’écrouissage » et de « recuit » donnent au métal forgé ce qu’on appelle une « noblesse ». Un métal « noble », c’est un métal qui a obtenu la déformation voulue (chevalière, médaille, etc.) en subissant des phases successives d’écrouissage et de recuit. Ce métal « noble », il a une dureté qu’aucun métal « fondu » ne pourra jamais atteindre. Son degré d’usure est très très faible : dans 100 ans, vous pourrez transmettre votre chevalière à votre petit-fils, quasi intacte.

 

 

 

Un bijou « fondu », c’est un bijou qui sort d’un moule dans lequel le métal a été injecté en fusion et qui a refroidi. En refroidissant, ce métal s’est « rétracté ». Sans le savoir, cette rétractation, liée au choc thermique, va « piquer » la surface du métal et le remplir de micro-fissures. Une fois « réparé », ce métal fondu peut avoir un très bel aspect mais il n’aura jamais la dureté d’un bijou forgé. Surtout, il n’en aura jamais « la noblesse ».

 

Du point de vue extérieur, du point de vue de l’aspect final, notamment sur des photos ou dans les vitrines, il est impossible à l’œil de voir la différence, et très difficile, même à un professionnel, de dire exactement si un article est fabriqué en « fondu » ou en « forgé ». Et pourtant, la différence de qualité du métal est considérable.

 

Dernière point : il concerne la façon. Pour forger correctement une chevalière, il faut 10 heures d’atelier à une main experte, et une presse d'au moins 100 tonnes de pression. Inutile de dire que ce n'est pas donné à tous les bijoutiers... Pour faire une chevalière fondue, lorsqu’on possède le moule en silicone, il faut 5 minutes pour faire la cire, et le fondeur passe une heure environ pour la sortir de fonte. Ajoutez une heure de « réparé ». C’est tout.
 
La réalité, c’est qu’aujourd’hui 90% des bijoux sont  fabriqués en « fondu » et que 90% de ces « fontes » sont issues de la C.A.O.


LA GRAVURE.
 
La plupart du temps, la personne qui fabrique la chevalière et la personne qui la grave sont différentes car ce sont deux prestations totalement distinctes, qui font appel à des compétences qui n’ont rien à voir entre elles.
 
Evacuons tout de suite les gravures faites par des machines à fraise ou par des lasers, ainsi que les initiales « rapportées » en relief par soudure.

On ne parle ici que de la gravure « à la main » et à la main « dans les règles de l’art ». Néanmoins, nous parlerons plus loin d’un nouvel intervenant dans le monde de la gravure : le graveur « numérique ».
 
A partir de là, il y a deux sortes de gravures : les gravures ornementales, et les gravures héraldiques.
 
Les gravures ornementales sont constituées par des gravures de type calligraphie, initiales, ou symboliques, toujours en creux, mais « à l’endroit » : ici la gravure, pour autant qu’elle soit faite à la main, est lisible en regardant la chevalière.
 
Les gravures héraldiques sont constituées par des blasons héraldiques, avec ou sans casque, avec ou sans lambrequins, toujours en creux, mais réalisées « en miroir » : cela veut dire que les armes gravées ne peuvent se lire que frappées dans une cire, pour constituer un sceau.
 
Cette technique de la gravure dite « héraldique » est une spécialité majeure de l’art bijoutier, mais tellement difficile, tellement spécifique, qu’elle est pratiquée aujourd’hui par très peu de personnes dignes de ce nom (sans doute moins de 10 en France). Normalement, un graveur héraldiste ne fait « que » ça : c’est ce qui fait sa qualité, sa spécificité. De plus, il doit pratiquer son art sans arrêt pour ne pas perdre la main.
 
 
Spécificité de la gravure héraldique.
 
En pratique, les graveurs héraldistes utilisent des « poinçons » pour graver la plupart des motifs de leurs armoiries.
 
Par exemple, si le graveur doit graver une « Fleur de lys », il peut la graver directement en creux avec une échoppe. Mais c’est très rare. Les graveurs héraldistes dignes de ce nom frappent leur motif « au poinçon ».

Les graveurs héraldistes se constituent des « outils » qui pourront servir autant de fois que nécessaire par la suite. Que ce soit des lions, des aigles, des fleurs de lys, des étoiles, des tours, des lunes, etc… lorsque le graveur a un « outil poinçon » au format, il le positionne sur son ouvrage et la gravure se fait par poinçonnage au marteau.
 
Pour être frappées hardiment, ces chevalières doivent disposées sur une sorte d’étau, lui encore très spécifique. (voir photo ci-dessous)

Les graveurs héraldistes constituent leurs propres collections de poinçons de tous les motifs possibles et imaginables (en héraldique, on dit des « meubles »). Ils en ont des centaines, parfois des milliers, soigneusement rangés par formes et par formats (car en fonction des motifs, il faut des dizaines de formats du même motif).
 
On comprend mieux pourquoi ce métier est très spécial, affaire de spécialiste, d’où sa rareté.
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA GRAVURE PAR CAO
 
Si ces graveurs héraldistes "à la main" deviennent aussi rares, c’est également en raison d’un nouvel arrivant dans le monde de la chevalière héraldique : le graveur « CAO » ou graveur « numérique ».
 
La Conception Assistée par Ordinateur (C.A.O, donc) n’est pas un artisanat d’art, mais un travail de bureau : il s’agit de muscler l’index pour manier une souris informatique sur un écran, et dire à l’ordinateur ce qu’il doit faire…
 
Tout ça pour dire que désormais, il suffit de scanner une armoirie, d’envoyer ce dessin « 2D » dans un logiciel « 3D », qui va vous restituer votre blason au format, prêt à être « imprimé » par une « imprimante 3D », laquelle va réaliser une « cire » qui sera remise à un « fondeur » : voilà comment on peut rendre tous les motifs sur toutes les chevalières sans aucun graveur…
 
Ici, il suffit de demander « au logiciel » si la gravure de votre blason doit être faite « à l’endroit », (pour lire vos armes en regardant la chevalière), ou « en miroir », (pour les lire sur un cachet de cire). Cette inversion se fait par une touche de clavier. Bien évidemment, ces gravures « numériques » ne peuvent se faire qu’en « fondu », sur des chevalières généralement elles-mêmes fondues selon le principe de la « cire perdue », laquelle sera « imprimée » de manière incroyablement fine par une « imprimante 3D ».
 
Aujourd’hui, n’importe quel bijoutier peut commander le processus complet d’une chevalière héraldique gravée à vos armes et à votre doigt sans s’adresser ni à un professionnel de la frappe, ni à un professionnel de la gravure.
 
Lorsque « l’objet d’art » ne devient plus qu’un « fichier » informatique, le « bijou » n’est plus affaire de bijoutier, de spécialiste, de « mains expertes » mais de capacité à manier des logiciels. C'est ce qu'on appelle tranquillement la "transition numérique" du métier, c'est à dire sa mort.
 
Les graveurs héraldistes, les « vrais », ceux qui galèrent des heures à la binoculaire pour réaliser des blasons à l’échoppe et au poinçon, vous diront qu’une gravure « numérique » est une insulte à leur art. Ils vous diront qu’une gravure  numérique sera toujours moche, sans âme, insipide, nulle : ils auront raison.

 

Mais un grand nombre de clients s’en moquent et les prestations présentées, sur Internet notamment, laissent perplexes.

 
 
LES COPIES en "fondu"
 
Lorsque vous avez offert à votre fils aîné sa chevalière, bien forgée et bien gravée aux armes de la famille dans les règles de l’art, le problème du renouvellement peut se poser, pour les autres enfants par exemple.
 
Et là, vous pouvez trouver des bijoutiers qui vous proposent de « copier » des chevalières existantes, pour la moitié du prix, et même moins. De quoi s’agit-il ?
 
Il s’agit de quelque chose de très courant, qui consiste à copier, en la moulant, n’importe quelle chevalière. Le blason va se « copier » dans ce moule, sans qu’aucun graveur n’intervienne.
 
Si vous n’êtes pas exigeant sur la qualité et sur le rendu des détails, si vous ne craignez pas une gravure toute piquée, un peu floue, à la « définition » molle, cela peut convenir. La chevalière brillera comme celle du grand-frère. Il suffit de faire une « mise à la mesure » du doigt.
 
Si le bijoutier vous explique bien le processus, s’il ne vous vend pas du « forgé » pour cette réalisation sommaire, si le prix est au moins inférieur de moitié à un bel article forgé et correctement gravé, c’est à chacun de voir. On ne peut empêcher personne de copier un article dont il est propriétaire. L’essentiel est de le savoir et de ne pas s’étonner d’un résultat qui peut choquer à la comparaison.
 
Il faut aussi trouver le bijoutier qui va rentrer dans ce processus de copie (un peu servile, il faut bien l’avouer), car certains s’y refusent.

 

 

 


 

Ci-contre, une chevalière en cours de frappe dans l'Atelier de la Société Ducros. La chevalière est frappée "à plat" dans une matrice en acier trempé. Elle reçoit de 5 à 10 frappes de 100 tonnes de pression, et autant de "recuits". Il faut aussi des outils de découpe en "emporte pièce" pour chaque format de matrices. On imagine mal que ce type de "bijouterie" relève de l'industrie lourde...

Le "recuit" est une opération de chauffage destinées à "détendre" le métal afin de lui enlever son écrouissage. Cette opération peut se faire au four. Mais en bijouterie traditionnelle, elle est souvent réalisée à la flamme du chalumeau et laissée à l'appréciation de la main et de l'oeil du bijoutier.

(photo Atelier Ducros)

Ci-contre, le processus de "gravure" en "héraldique".

Pour la plupart des motifs à graver (en héraldique, on dit des "meubles"), le graveur utilise des poinçons préformés.

La chevalière est positionnée sur un étau spécial. Le "meuble" est frappé au marteau. Ici une boite de poinçons "aigles déployés". Il y a quasiment un poinçon par 10ème de millimètre...

Société DUCROS

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